-
5
pages
-
Français
-
Documents
Description
Charles BaudelaireL’Art romantiqueXIICONSEILSAUXJEUNES LITTÉRATEURSLes préceptes qu’on va lire sont le fruit de l’expérience ; l’expérience implique unecertaine somme de bévues ; chacun les ayant commises, — toutes ou peu s’enfaut, — j’espère que mon expérience sera vérifiée par celle de chacun.Lesdits préceptes n’ont donc pas d’autres prétentions que celle des vade mecum,d’autre utilité que celle de la Civilité puérile et honnête. — Utilité énorme !Supposez le code de la civilité écrit par une Warens au cœur intelligent et bon, l’artde s’habiller utilement enseigné par une mère ! — Ainsi apporterai-je dans cespréceptes dédiés aux jeunes littérateurs une tendresse toute fraternelle.IDU BONHEUR ET DU GUIGNON DANS LES DÉBUTSLes jeunes écrivains qui, parlant d’un jeune confrère avec un accent mêlé d’envie,disent : « C’est un beau début, il a eu un fier bonheur ! » ne réfléchissent pas quetout début a toujours été précédé et qu’il est l’effet de vingt autres débuts qu’ils n’ontpas connus.Je ne sais pas si, en fait de réputation, le coup de tonnerre a jamais eu lieu ; jecrois plutôt qu’un succès est dans une proportion arithmétique ou géométrique,suivant la force de l’écrivain, le résultat des succès antérieurs, souvent invisibles àl’œil nu. Il y a lente agrégation de succès moléculaires ; mais de générationsmiraculeuses et spontanées, jamais.Ceux qui disent : J’ai du guignon, sont ceux qui n’ont pas encore eu assez desuccès et qui l’ignorent.Je ...
-
Publié par
-
Langue
Français