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2
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Français
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Description
Charles Baudelaire
Petits Poèmes en prose
XLIX
ASSOMMONS LES PAUVRES !
Pendant quinze jours je m’étais confiné dans ma chambre, et je m’étais entouré des
livres à la mode dans ce temps-là (il y a seize ou dix-sept ans) ; je veux parler des
livres où il est traité de l’art de rendre les peuples heureux, sages et riches, en vingt-
quatre heures. J’avais donc digéré, — avalé, veux-je dire, — toutes les
élucubrations de tous ces entrepreneurs de bonheur public, — de ceux qui
conseillent à tous les pauvres de se faire esclaves, et de ceux qui leur persuadent
qu’ils sont tous des rois détrônés. — On ne trouvera pas surprenant que je fusse
alors dans un état d’esprit avoisinant le vertige ou la stupidité.
Il m’avait semblé seulement que je sentais, confiné au fond de mon intellect, le
germe obscur d’une idée supérieure à toutes les formules de bonne femme dont
j’avais récemment parcouru le dictionnaire. Mais ce n’était que l’idée d’une idée,
quelque chose d’infiniment vague.
Et je sortis avec une grande soif. Car le goût passionné des mauvaises lectures
engendre un besoin proportionnel du grand air et des rafraîchissants.
Comme j’allais entrer dans un cabaret, un mendiant me tendit son chapeau, avec un
de ces regards inoubliables qui culbuteraient les trônes, si l’esprit remuait la
matière, et si l’œil d’un magnétiseur faisait mûrir les raisins.
En même temps, j’entendis une voix qui chuchotait à mon oreille, une voix que je
reconnus bien ; c’était celle d’un bon Ange, ou d’un ...
Petits Poèmes en prose
XLIX
ASSOMMONS LES PAUVRES !
Pendant quinze jours je m’étais confiné dans ma chambre, et je m’étais entouré des
livres à la mode dans ce temps-là (il y a seize ou dix-sept ans) ; je veux parler des
livres où il est traité de l’art de rendre les peuples heureux, sages et riches, en vingt-
quatre heures. J’avais donc digéré, — avalé, veux-je dire, — toutes les
élucubrations de tous ces entrepreneurs de bonheur public, — de ceux qui
conseillent à tous les pauvres de se faire esclaves, et de ceux qui leur persuadent
qu’ils sont tous des rois détrônés. — On ne trouvera pas surprenant que je fusse
alors dans un état d’esprit avoisinant le vertige ou la stupidité.
Il m’avait semblé seulement que je sentais, confiné au fond de mon intellect, le
germe obscur d’une idée supérieure à toutes les formules de bonne femme dont
j’avais récemment parcouru le dictionnaire. Mais ce n’était que l’idée d’une idée,
quelque chose d’infiniment vague.
Et je sortis avec une grande soif. Car le goût passionné des mauvaises lectures
engendre un besoin proportionnel du grand air et des rafraîchissants.
Comme j’allais entrer dans un cabaret, un mendiant me tendit son chapeau, avec un
de ces regards inoubliables qui culbuteraient les trônes, si l’esprit remuait la
matière, et si l’œil d’un magnétiseur faisait mûrir les raisins.
En même temps, j’entendis une voix qui chuchotait à mon oreille, une voix que je
reconnus bien ; c’était celle d’un bon Ange, ou d’un ...
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Français