-
3
pages
-
Français
-
Documents
Description
— Alphonse de LamartineÀ M. Casimir DelavigneÉpître Saint-Point, près Mâcon, 9 février 1824.Grâce aux vers enchanteurs que tout Paris répète,Ton nom a retenti jusque dans ma retraite ;Et le soir, pour charmer les ennuis des hivers,Autour de mon foyer nous relisons ces versOù brille en se jouant ta muse familière,Qu’eût enviés Térence, et qu’eût signés Molière.Comment peux-tu passer, par quel don, par quel art,De Syracuse au Havre, et du Gange à Bonnard ?Puis, déployant soudain les ailes de Pindare,Sur les bords profanés de Sparte et de MégareAller d’un vers brûlant tout à coup rallumerCes feux dont leurs débris semblent encor fumer,Ces feux de la vertu, de l’honneur, du courage,Que recouvrent en vain dix siècles d’esclavage ?Comment, redescendu de ce brillant séjour,Dans les bois de Meudon viens-tu chanter l’amour ?Franchissant d’un seul trait tout l’empire céleste,Le génie est un aigle ; et ton vol nous l’atteste !Relégué loin des bords où tout Paris charméVoit le fier Manlius en bourgeois transformé,Obéissant aux cris d’un parterre idolâtre,Livrer ton nom modeste aux bravos du théâtre,Je n’ai point encor lu ces chants que par ta voixMessène a soupirés pour la troisième fois.En vain l’écho léger que chaque jour publie,Oracle du matin que le soir on oublie,A porté jusqu’à moi quelques lambeaux de vers,Quelques sons décousus de tes brillants concerts :Dans ma soif des beaux vers, que ton nom seul rallume,J’ai dévoré la page, et j’attends ...
-
Publié par
-
Langue
Français