-
15
pages
-
Français
-
Documents
Description
Charles de Saint-ÉvremondŒuvres mêléesAu maréchal de Créqui, qui m’avoit demandé en quelle situation étoit mon esprit…À MONSIEUR LE MARÉCHAL DE CRÉQUI,QUI M’AVOIT DEMANDÉ EN QUELLE SITUATION ÉTOITMON ESPRIT, ET CE QUE JE PENSOIS SUR TOUTES1CHOSES, DANS MA VIEILLESSE .(1671.)Quand nous sommes jeunes, l’opinion du monde nous gouverne, et nous nousétudions plus à être bien avec les autres qu’avec nous-mêmes. Arrivés à lavieillesse, nous trouvons moins précieux ce qui nous est étranger : rien ne nousoccupe tant que nous-mêmes, qui sommes sur le point de nous manquer. Il en estde la vie comme de nos autres biens ; tout se dissipe, quand on pense en avoir ungrand fond : l’économie ne devient exacte que pour ménager le peu qui nous reste.C’est par là qu’on voit faire aux jeunes gens comme une profusion de leur être,quand ils croient avoir longtemps à le posséder. Nous nous devenons plus chers, àmesure que nous sommes plus prêts de nous perdre. Autrefois, mon imaginationerrante et vagabonde se portoit à toutes les choses étrangères : aujourd’hui, monesprit se ramène au corps, et s’y unit davantage. À la vérité, ce n’est point par leplaisir d’une douce liaison ; c’est par la nécessité du secours et de l’appui mutuelqu’ils cherchent à se donner l’un à l’autre.En cet état languissant, je ne laisse pas de me conserver encore quelques plaisirs ;mais j’ai perdu tous les sentiments du vice, sans savoir si je dois ce changement àla foiblesse d’un corps abattu, ou ...
-
Publié par
-
Langue
Français
-
Poids de l'ouvrage
1 Mo