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2
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Français
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Description
Le Figaro,
13 février 1931
Jacques-Émile Blanche
À un dame traductrice
À une dame traductrice
À UNE DAME TRADUCTRICE
Madame, ou mademoiselle, vous me faites l’honneur de me consulter encore sur
les romans anglais dont la traduction mériterait d’occuper vos heures vides ; j’hésite
à le faire, tant le goût du public est versatile. L’été dernier, j’avais ici engagé vos
semblables à traduire comme exercice — la prose exquise, et si pure, de Jane
Austen. Mais vous me mandez qu’à votre offre de traduire Pride and Prejudice
(Orgueil et préjugés), qui est un livre classique comme la Princesse de Clèves,
vous aviez reçu cette réponse d’un éditeur : « Veuillez nous faire envoyer par
l’auteur — dont le nom nous est inconnu, l’un de ses succès, afin que nous
soumettions votre idée à notre comité de lecture. Les romans de Mme Austen sont-
ils grand public ? Sinon, mieux vaudrait s’abstenir. » Or Jane Austen ferma les yeux
à la lumière du jour il y a environ cent dix ans de cela ; et vous me rappelez à ce
propos, en votre aimable lettre, qu’après la guerre, la directrice d’une revue ayant
organisé un banquet pour fêter la décoration d’un jeune poète, ancien combattant,
fut outrée de la négligence marquée par François Coppée, qui ne s’excusait pas de
n’y être pas venu.
Après tout, nul n’est tenu de garder en sa mémoire les dates des naissances et des
morts ; ils sont trop nombreux, nos génies de second plan. Aussi voit-on toujours
réapparaître la même douzaine d’illustrations trop ...
13 février 1931
Jacques-Émile Blanche
À un dame traductrice
À une dame traductrice
À UNE DAME TRADUCTRICE
Madame, ou mademoiselle, vous me faites l’honneur de me consulter encore sur
les romans anglais dont la traduction mériterait d’occuper vos heures vides ; j’hésite
à le faire, tant le goût du public est versatile. L’été dernier, j’avais ici engagé vos
semblables à traduire comme exercice — la prose exquise, et si pure, de Jane
Austen. Mais vous me mandez qu’à votre offre de traduire Pride and Prejudice
(Orgueil et préjugés), qui est un livre classique comme la Princesse de Clèves,
vous aviez reçu cette réponse d’un éditeur : « Veuillez nous faire envoyer par
l’auteur — dont le nom nous est inconnu, l’un de ses succès, afin que nous
soumettions votre idée à notre comité de lecture. Les romans de Mme Austen sont-
ils grand public ? Sinon, mieux vaudrait s’abstenir. » Or Jane Austen ferma les yeux
à la lumière du jour il y a environ cent dix ans de cela ; et vous me rappelez à ce
propos, en votre aimable lettre, qu’après la guerre, la directrice d’une revue ayant
organisé un banquet pour fêter la décoration d’un jeune poète, ancien combattant,
fut outrée de la négligence marquée par François Coppée, qui ne s’excusait pas de
n’y être pas venu.
Après tout, nul n’est tenu de garder en sa mémoire les dates des naissances et des
morts ; ils sont trop nombreux, nos génies de second plan. Aussi voit-on toujours
réapparaître la même douzaine d’illustrations trop ...
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