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À un prince ignorantPlutarqueVictor BÉTOLAUD, Œuvres complètes de Plutarque - Œuvresmorales, t. I , Paris, Hachette, 1870[1] Platon avait été invité par les habitants de Cyrène à leur laisser des lois écritesde sa main et à régler l'administration de leur république. Mais il s'en défendit, endisant qu'il était difficile, dans l'état de prospérité où vivaient les Cyrénéens, derédiger des lois pour eux. « Car il n'est rien d'aussi superbe en somme », d'aussirebelle, d'aussi difficile à contenter, « Que l'animal qui s'appelle homme », quand ilest en possession de ce qui lui paraît être le succès. En raison de cela, c'est choseembarrassante de donner aux princes des conseils sur l'art de régner : car ils ontpeur d'accueillir la raison comme maîtresse de leurs actes, et ils ne veulent pointqu'en les asservissant aux lois du devoir elle porte atteinte au privilège de leurtoute-puissance. Ils ne pensent pas comme Théopompe le roi des Spartiates, qui lepremier dans Sparte associa les Éphores à l'exercice du pouvoir royal. De quoi safemme étant venue à lui faire reproche, sous prétexte qu'il laisserait à ses enfantsun pouvoir moindre que celui qu'il avait reçu : « Ce pouvoir en sera plus grand,répondit-il, parce qu'il sera plus assuré. » C'est que, en effet, ôtant à sa puissancece qu'elle avait d'excessif et d'absolu, Théopompe la mettait à l'abri de la haine, etpar cela même de tout danger. Il est bien vrai qu'en faisant dériver à des collèguesune partie de ...
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