hilarète Chasles">Philarète Chasles1832C'est chose curieuse qu'une soirée de Palerme, au bord de la mer murmurante, sous les flots du soleil d'été, au milieu de cettepopulation grimaçante et mobile, plus originale mille fois et moins connue que la race classique des abbés, des courtisanes et deslazzaroni napolitains. Grâce aux romans et à la scène, Naples est vieux pour moi: on me l'a gâté; on m'a usé ce ciel et cette merpleins de prestiges. La Sicile est neuve et inconnue; il y a là un double reflet venu de l'Arabie et de l'Espagne. Des muraillessarrazines s'élèvent autour de vous; des costumes espagnols flottent aux fenêtres et étincellent sur les quais. C'est une féeriecomique et fantastique! Et l'air est si doux, la brise apporte tant de parfums avec sa fraîcheur, la chanson du pâtre lointain a quelquechose de si sauvage et de si tendre! Vous ne respirez que fleurs, vous ne voyez que débris de marbres et fragmens de temples.C'est encore un fragment de grotesque comédie que cette aristocratie en guenilles, et sur ces guenilles de l'or; ces femmes bellescomme dans l'ancienne Syracuse, et vêtues comme on l'était il y a quarante ans; puis au milieu des chanteurs et des promeneurs, ungros moine rebondi qui vous offre un crâne de mort au bout d'une croix noire, et vous demande l'aumône en riant, son urne sépulcrale[1]toujours brandie et vacillante sous votre menton; puis des carrosses découverts roulant doucement sur la Marina , chargés d'abbésqui rient, qui ...