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Alphonse AllaisDeux et deux font cinqJe viens du Havre par le train qui arrive à 11 h. 5.J’ai donné, par dépêche, un rendez-vous à un de mes amis au café Terminus. Nousdevons déjeuner ensemble et je l’attends.Il n’arrive pas vite. Peut-être s’imagine-t-il, cet idiot, que je n’ai d’autre mission en lavie que l’attendre.— Garçon, de quoi écrire ! commandé-je pour tuer le temps.Je vais écrire.Je vais écrire quoi ? N’importe quoi ?Ça n’a aucune importance que j’écrive une chose ou une autre, puisque c’estuniquement pour tuer le temps.(Comme si, pauvre niais que je suis, ce n’était pas le temps qui nous tuait.) Alors, je vais écrire ce qui vient de se passer à la table voisine de celle quej’occupe.Trois personnes, débarquant sans doute d’un train de banlieue quelconque, sontentrées : une dame, un monsieur, une petite fille.La dame : une trentaine d’années, plutôt jolie, mais l’air un peu grue et surtout trèsdinde.Le monsieur : dans les mêmes âges, très chic, une physionomie à n’avoir pasinventé la mélinite, mais d’aspect très brave homme.La gosse : en grand deuil, tout un petit poème. Pas plus de cinq ou six ans. On nesait pas si elle est jolie. Elle semble être déjà une petite femme qui connaît la vie etqui en a vue bien d’autres. Sa bouche se pince en un arc morose et las. Dans sesgrands yeux secs très intelligents passent des lueurs de révolte. Une pauvre petitesûrement pas heureuse :Le monsieur et la dame ont demandé chacun un porto.— Et moi ? ...
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Français