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Jeanne Marie Leprince de BeaumontIl y avait une veuve, assez bonne femme, qui avait deux filles, toutes deux fortaimables ; l'aînée se nommait Blanche, la seconde Vermeille. On leur avait donnéces noms, parce qu'elles avaient, l'une le plus beau teint du monde, et la secondedes joues et des lèvres vermeilles comme du corail. Un jour la bonne femme, étantprès de sa porte, à filer, vit une pauvre vieille, qui avait bien de la peine à se traîneravec son bâton.« Vous êtes bien fatiguée, dit la bonne femme à la vieille. Asseyez-vous un momentpour vous reposer » ; et aussitôt, elle dit à ses filles de donner une chaise à cettefemme. Elles se levèrent toutes les deux ; mais Vermeille courut plus fort que sasœur, et apporta la chaise. «Voulez-vous boire un coup ? dit la bonne femme à lavieille.- De tout mon cœur, répondit-elle ; il me semble même, que je mangerais bien unmorceau, si vous pouviez me donner quelque chose pour me ragoûter.- Je vous donnerai tout ce qui est en mon pouvoir, dit la bonne femme ; mais,comme je suis pauvre, ce ne sera pas grand-chose. »En même temps, elle dit à ses filles de servir la bonne vieille, qui se mit à table : etla bonne femme commanda à l'aînée d'aller cueillir quelques prunes qu'elle avaitplanté elle-même et qu'elle aimait beaucoup. Blanche, au lieu d'obéir de bonnegrâce à sa mère, murmura contre cet ordre, et dit en elle- même : Ce n'est pas pourcette vieille gourmande que j'ai eu tant de soin de mon prunier. Elle n'osa ...
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