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8
pages
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English
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Documents
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2017
Description
Extrait du sujet :
A. Texte littéraire
Giono a décidé de vivre à la campagne, au plus près de la nature. Néanmoins, il va
parfois à Paris. Il évoque ici son expérience de la ville.
Quand le soir vient, je monte du côté de Belleville1
. A l’angle de la rue de Belleville
et de la rue déserte, blême et tordue, dans laquelle se trouve La Bellevilloise2
, je connais
un petit restaurant où je prends mon repas du soir. Je vais à pied. Je me sens tout
dépaysé par la dureté du trottoir et le balancement des hanches qu’il faut avoir pour
5 éviter ceux qui vous frôlent. Je marche vite et je dépasse les gens qui vont dans ma
direction ; mais quand je les ai dépassés, je ne sais plus que faire, ni pourquoi je les ai
dépassés, car c’est exactement la même foule, la même gêne, les mêmes gens toujours
à dépasser sans jamais trouver devant moi d’espaces libres. Alors, je romps mon pas et
je reste nonchalant3 dans la foule. Mais ce qui vient d’elle à moi n’est pas sympathique.
10 Je suis en présence d’une anonyme création des forces déséquilibrées de l’homme.
Cette foule n’est emportée par rien d’unanime. Elle est un conglomérat de mille soucis,
de peines, de joies, de fatigues, de désirs extrêmement personnels. Ce n’est pas un
corps organisé, c’est un entassement, il ne peut y avoir aucune amitié entre elle,
collective, et moi. Il ne peut y avoir d’amitié qu’entre des parties d’elle-même et moi, des
15 morceaux de cette foule, des hommes ou des femmes. Mais alors, j’ai avantage à les
rencontrer seuls et cette foule est là seulement pour me gêner. Le premier geste qu’on
aurait si on rencontrait un ami serait de le tirer de là jusqu’à la rive, jusqu’à la terrasse du
café, l’encoignure de la porte, pour avoir enfin la joie de véritablement le rencontrer.
A. Texte littéraire
Giono a décidé de vivre à la campagne, au plus près de la nature. Néanmoins, il va
parfois à Paris. Il évoque ici son expérience de la ville.
Quand le soir vient, je monte du côté de Belleville1
. A l’angle de la rue de Belleville
et de la rue déserte, blême et tordue, dans laquelle se trouve La Bellevilloise2
, je connais
un petit restaurant où je prends mon repas du soir. Je vais à pied. Je me sens tout
dépaysé par la dureté du trottoir et le balancement des hanches qu’il faut avoir pour
5 éviter ceux qui vous frôlent. Je marche vite et je dépasse les gens qui vont dans ma
direction ; mais quand je les ai dépassés, je ne sais plus que faire, ni pourquoi je les ai
dépassés, car c’est exactement la même foule, la même gêne, les mêmes gens toujours
à dépasser sans jamais trouver devant moi d’espaces libres. Alors, je romps mon pas et
je reste nonchalant3 dans la foule. Mais ce qui vient d’elle à moi n’est pas sympathique.
10 Je suis en présence d’une anonyme création des forces déséquilibrées de l’homme.
Cette foule n’est emportée par rien d’unanime. Elle est un conglomérat de mille soucis,
de peines, de joies, de fatigues, de désirs extrêmement personnels. Ce n’est pas un
corps organisé, c’est un entassement, il ne peut y avoir aucune amitié entre elle,
collective, et moi. Il ne peut y avoir d’amitié qu’entre des parties d’elle-même et moi, des
15 morceaux de cette foule, des hommes ou des femmes. Mais alors, j’ai avantage à les
rencontrer seuls et cette foule est là seulement pour me gêner. Le premier geste qu’on
aurait si on rencontrait un ami serait de le tirer de là jusqu’à la rive, jusqu’à la terrasse du
café, l’encoignure de la porte, pour avoir enfin la joie de véritablement le rencontrer.
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Publié par
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Publié le
30 juin 2017
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Langue
English