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Description
Denis Diderot
Miscellanea philosophiques
Garnier, 1875-77 (pp. 105-106).
SUR
L’ÉDUCATION DES ROIS
MORCEAU EXTRAIT DE L’ÉLOGE DE FÉNELON,
[1]DE M. DE PEZAY
1771.
La scène change ; le particulier n’est plus : l’homme d’État va paraître dans M. de Cambrai. Le dépôt le plus précieux de la nation est
en ses mains ; c’est à lui qu’il est donné de préparer le ressort de la félicité ou la désolation d’un grand peuple. Ce n’est pas sans
terreur qu’un homme entre dans un tel ministère, quand il en est digne. Quel rôle effrayant, en effet, d’avoir à répondre à vingt millions
d’hommes de la vertu d’un seul ! mais d’un seul dont un caprice influe sur le sort de tous, d’un seul dont un vice peut bouleverser des
empires, un défaut faire ruisseler le sang, une fantaisie troubler le monde. Comment dormir ainsi garant de tout aux yeux d’un public
sévère et intéressé ; d’un public qui vous rend responsable du possible et de l’impossible ; qui s’en prend à vous des suites d’une
organisation imparfaite qu’il ignore, comme d’un mauvais pli que vous aurez donné ou laissé prendre ; des torts de la nature comme
des vôtres ; et qui, dans cette rigueur extrême, est encore juste, parce que la nature a toujours moins de tort que vous, et que la nature
jeune ne l’a presque jamais ? Où puiser un courage qui suffise, lorsqu’à ces dangers, inhérents à notre essence, vient se joindre la
foule des institutions fausses, des longs préjugés et des vieux abus ? quand il faut combattre à la fois les vices de ...
Miscellanea philosophiques
Garnier, 1875-77 (pp. 105-106).
SUR
L’ÉDUCATION DES ROIS
MORCEAU EXTRAIT DE L’ÉLOGE DE FÉNELON,
[1]DE M. DE PEZAY
1771.
La scène change ; le particulier n’est plus : l’homme d’État va paraître dans M. de Cambrai. Le dépôt le plus précieux de la nation est
en ses mains ; c’est à lui qu’il est donné de préparer le ressort de la félicité ou la désolation d’un grand peuple. Ce n’est pas sans
terreur qu’un homme entre dans un tel ministère, quand il en est digne. Quel rôle effrayant, en effet, d’avoir à répondre à vingt millions
d’hommes de la vertu d’un seul ! mais d’un seul dont un caprice influe sur le sort de tous, d’un seul dont un vice peut bouleverser des
empires, un défaut faire ruisseler le sang, une fantaisie troubler le monde. Comment dormir ainsi garant de tout aux yeux d’un public
sévère et intéressé ; d’un public qui vous rend responsable du possible et de l’impossible ; qui s’en prend à vous des suites d’une
organisation imparfaite qu’il ignore, comme d’un mauvais pli que vous aurez donné ou laissé prendre ; des torts de la nature comme
des vôtres ; et qui, dans cette rigueur extrême, est encore juste, parce que la nature a toujours moins de tort que vous, et que la nature
jeune ne l’a presque jamais ? Où puiser un courage qui suffise, lorsqu’à ces dangers, inhérents à notre essence, vient se joindre la
foule des institutions fausses, des longs préjugés et des vieux abus ? quand il faut combattre à la fois les vices de ...
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