Seule la haine
129 pages
Français

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Description

Persuadé que le psychanalyste Larry Barney est responsable du suicide de son frère, Elliot le prend en otage dans son cabinet.
Sous la menace d'une arme, Larry n'a pas d'autre choix que de laisser l'adolescent de 15 ans lui relater ses derniers mois.
Mais très vite, c'est l'escalade de l'horreur : Larry est jeté dans un monde qui le dépasse, aux frontières de l'abject et de l'inhumanité. Tandis que les détails scabreux se succèdent, une seule idée l'obsède : celle de s'en sortir, à tout prix...

Un thriller psychologique qui va vous retourner la tête !!!

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 juin 2021
Nombre de lectures 1
EAN13 9782372580878
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

David Ruiz Martin



Extrait de

Seule la haine





© Taurnada Éditions, 2021 pour la présente édition – Tous droits réservés
1


« Je m’appelle Elliot. J’ai 15 ans aujourd’hui. Mon nom de famille ? Il n’a aucune importance. En tout cas pas maintenant, à l’instant où je vous parle. L’important ici, en ce moment précis, c’est que j’ai apporté un flingue. Il reste quelques balles dedans. Et je m’apprête à tuer un homme… »
2


Ses mots résonnent en moi comme un écho assourdissant. Un supplice de l’âme, une souffrance intérieure impossible à stopper. Comme le choc du métal contre les parois d’un sous-marin, immergé dans les abysses de l’océan, qui vibre et qui hurle, mais que personne n’entend.
Il est jeune, bien trop jeune pour ça. Un gosse mal fagoté, malingre et tout juste sorti de l’enfance. Mais dans ses yeux, je lis la détermination d’un homme et cela me terrifie. Son comportement trahit de la peur. Un ado incompris, en chute libre. Il est perturbé, c’est certain. Mais je crois que je le suis tout autant.
« Hé ? Je peux vous chourer une clope ?
– Normalement, on ne fume pas ici.
– Normalement ? Mais ce n’est pas un jour normal, aujourd’hui. C’est mon anniversaire !
– Comme tu voudras, Elliot. Je garde un paquet dans… dans un tiroir, près de ton siège. »
Je l’observe se lever. Il me tourne le dos, l’arme à la main. Elle paraît énorme dans ses mains d’enfant. J’en ignore la marque, mais ça doit faire de sacrés dégâts. Je retiens ma respiration tout en guettant ses gestes. Je n’essaie pas de bouger. Pas même un sourcil. Car j’aimerais comprendre, avant qu’il…
« C’est vos clopes de secours ? me lance-t-il. Celles que vous planquez jalousement ? Pour parer à vos p’tits coups de déprime, c’est ça ?
– Si on veut, oui. »
Il en plante une au coin de ses lèvres et l’allume. Puis il tire une bouffée et enfouit le paquet ainsi que mon Zippo dans sa poche de jean avant de retourner s’asseoir. J’aimais bien ce briquet. Il était gravé d’une tête de mort en flammes et, au dos, d’une Harley-Davidson. Ma femme me l’avait offert bien avant notre mariage. Il représente l’un des souvenirs les plus marquants de ma jeunesse. Mais je pense qu’il ne m’appartient plus à présent.
Je l’observe tirer sur sa cigarette. Voir un gosse de son âge expirer de petits cercles de fumée, imitant les gestes d’un adulte, m’a toujours paru anormal. Cette merde devrait être interdite aux mineurs. Pour de bon. Au même titre que les drogues et les spiritueux.
« Je vois bien comment vous me regardez, Larry. Vous vous dites : ce gosse n’a pas encore de poils aux burnes qu’il fume déjà !
– Je ne me le dis pas de cette manière.
– Mais c’est pareil ! »
Elliot se lève. Il est hors de lui. Je sens la tension monter d’un cran. Il évolue dans la pièce sans me quitter des yeux, comme un vautour tournoyant au-dessus d’une charogne. Comme si ses idées se télescopaient dans sa tête. Comme s’il cherchait ses mots. Puis il plonge son regard dans le mien.
Ses yeux sont indescriptibles.
« C’est dingue ça ! Vous êtes donc tous pareils ? Vous vous foutez de qui ? Du monde entier ? De notre jeunesse qui va prendre la relève ? Vous nous prenez tous pour des demeurés, des immatures qui ne savent pas ce qu’ils font au moment où ils le font ? »
Il s’approche de moi. Une odeur forte émane de lui. Nous n’avons jamais été aussi près. Il empeste, c’est terrible. Il n’a pas dû se laver depuis des semaines.
« C’est nous qui ferons les lois plus tard ! Ce sont des types de mon âge qui décideront un jour de bombarder des pays ! Ou de construire des écoles dans d’autres ! D’amener l’éducation ! D’amener enfin l’eau potable pour tous ! Et peut-être même de condamner l’excision ! Ce sont des types comme moi qui décideront de sauver la planète ou de la laisser croupir dans l’état dans lequel vous nous l’avez léguée ! Qui décideront de s’arracher les œillères avec lesquelles vous avez accepté de vivre ! Ce sont des types de mon âge qui devront trimer comme des chiens jusqu’à 75 ans pour tenter de renflouer les caisses de vos retraites ! On paie pour vous ! Chaque jour ! On subit cette vie à cause de vous ! On n’a même plus le temps d’être des gosses et de jouer ! On sait à peine marcher que vous nous jetez déjà dans des classes surpeuplées pour apprendre ! Pour rejoindre l’élite ! Pour être meilleur que l’autre et pour mieux le piétiner le jour de l’embauche ! On ne vit plus à cause de vous ! On respire mal à cause de vous ! L’air est archipollué ! C’est irrespirable et on étouffe ! On attrape des maladies qui n’existaient même pas il y a trente ans ! On devra enfiler des capotes pour baiser pendant toute notre chienne de vie à cause des travers de votre génération ! On bouffe mal à cause de votre ignorance ! On a peur ! Vos enfants sont épouvantés du futur et ont honte du monde dans lequel vous vous apprêtez à les abandonner !
« Alors vous organisez des conférences aux quatre coins du monde pour vous donner bonne conscience ! Pour le climat ! En faveur des espèces en voie d’extinction ! Et même contre les guerres que vous avez vous-mêmes provoquées ! Vous participez à des gueuletons gigantesques ! Vous vous empiffrez sur le dos d’États surendettés ! Vous gaspillez notre argent ! Encore et encore ! Et vous ne trouvez aucune solution sinon celle de la date de la prochaine beuverie ! Vous avez tous baissé les bras ! Vous laissez exterminer la faune mondiale ! Contre des dessous-de-table bien gras et pour vous payer de grosses merdes en leasing ! On ne verra jamais certaines espèces d’animaux que par le biais de vieux reportages montés de vos mains ! Vous flinguez par votre folie la chaîne alimentaire et l’écosystème tout entier ! L’équilibre même du monde ! Toutes les contraintes d’aujourd’hui viennent de votre insouciance et de votre foutue manie à chercher à tout prix les bénéfices ! Votre fortune personnelle ! Et pour satisfaire des actionnaires avides de belles montres, de paquebots clinquants, de coke et de putes de luxe ! Vous avez abandonné notre monde au profit du Diable ! »
Elliot cesse de tourbillonner autour de moi, de me hurler aux oreilles, de me pointer de son arme, de m’asséner tous les tourments du monde comme si je représentais à moi seul tous les coupables, et il reprend lentement place sur le divan. Mais très lentement, comme s’il venait de courir un mille mètres sans aucune préparation, que son dos venait de rouiller et qu’il grinçait. Comme s’il était soudain affligé du poids des années. Il tente de reprendre son souffle. Il s’essuie la bouche et les yeux autour desquels de la salive et des larmes ont coulé. Il semble épuisé. Je suis effaré par ce que je viens d’entendre.
« Votre génération a mis la nôtre dans une sacrée merde, reprend-il. Alors… ne me regardez plus jamais comme vous venez de le faire, car vous ne connaissez rien de moi et vous ne pouvez imaginer ma vie à l’heure actuelle. Ne me dites plus jamais comment me comporter ni même quoi fumer. Ne le sous-entendez même pas. Jamais. Plus jamais. Et tout se passera bien. Pour vous. »
3


Obéir. Rester calme et prudent. Me cantonner à l’écoute et à l’observation. N’intervenir que s’il m’en donne l’autorisation, car ne pas aller dans son sens, le contredire, ne fera qu’aggraver son état. La confrontation ne mènera à rien, sinon à un drame. Cela se passe autrement d’habitude. Des voix s’élèvent parfois, mais le dialogue demeure toujours possible. Mais pas ici. Pas ce soir. Car, lui, est un cas à part. Il a perdu tout contrôle. Et s’il ne se calme pas, s’il ne se ressaisit pas un peu, je ne pourrai rien pour lui.
« Et si vous voulez tout savoir, cher Larry Barnay, mes couilles sont bien fournies niveau poils. Ah ça ! vous pouvez me croire. Ouais… même bien fournies. »
Il a prononcé mon prénom en s’attardant sur le « a ». Un Laaaaaarrry monotone, languissant, à l’aspect édulcoré, comme les gens fréquentant les hautes sphères de la bourgeoisie. C’est du moins l’impression qu’il m’a donnée.
Ou je deviens peut-être fou, moi aussi ?
Non. Elliot n’est pas fou. Je l’ai vaguement côtoyé par le passé. Il a toujours été un ado brillant, intelligent et futé. Parfois même un peu trop. Souvent mis à l’écart des autres, un gosse comme lui n’avait pas sa place dans une classe dite « à éducation standard ». Il aurait dû être pris en charge par un professeur privé, sauter une ou deux classes et poursuivre dans de grandes écoles. Il aurait fait de brillantes études, trouvé un travail à sa mesure, puis formé d’autres gamins de sa trempe. Mais pour ça, il fallait de l’argent. Et même avec des bourses d’études, même avec toutes les aides possibles, ses parents n’auraient jamais pu suivre un tel rythme.
Je vois en lui un gâchis total. Un diamant brut à la surface maculée de plomb. J’aimerais lui venir en aide, mais j’ignore de quelle manière.
En tout cas, pas avec un flingue braqué droit sur mon visage !
« Je pourrais tirer, vous savez ? me dit-il.
– Alors pourquoi ne le fais-tu pas ? »
Il baisse son arme et me sourit. Des cernes sont visibles sous ses paupières, et le pourtour de ses yeux est rougi par le manque de sommeil. Il n’a pas dormi cette nuit, j’en ai la certitude.
« Ne vous inquiétez pas, Larry, vous n’êtes pas ma cible.
– Alors que fais-tu ici, avec cette arme pointée sur moi et toute cette… haine ? »
J’ai du mal à comprendre son petit jeu et ne l’apprécie pas plus. Un sentiment d’oppression indescriptible s’agrippe à moi, l’anxiété brouille mes pensées, et mes gestes sont sur le point de trahir cette frayeur soudaine.
« Je m’assure que vous ne détaliez pas comme un lapin. »
Et il rit à ses mots. Un rire éclatant, presque moqueur. Et exagéré.
« Je ne vais pas détaler . Rassure-toi.
– Alors, c’est parfait ! »
Sous l’ambiguïté de la situation, je déglutis bruyamment. Inconsciemment. Ma tête l’ignore encore, mais mon corps, traversé de légers spasmes nerveux, en devine les contours. Mon regard se détourne du gosse et traverse le verre de l’une des fenêtres. Je me dis

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