Points de suspension , livre ebook

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Points de suspension est un roman s’apparentant à la forme du journal intime où un jeune homme débutant dans le professorat en tant que stagiaire livre ses impressions concernant le métier et son rapport aux élèves sur des cahiers d’école.


À peine a-t-il entrepris cette rédaction purement anodine que débute sa relation amoureuse avec celle qu’il nomme Dee Joleedjee, femme lui étant inaccessible ou interdite tout comme l’était la reine Guenièvre pour Lancelot. Ainsi, malgré lui, sa vie sentimentale prend place sur le cahier en parallèle à sa vie professionnelle. La jeune collégienne Zeynep va faire le lien entre ces deux pans de son existence en venant se confier à lui et révélant son intimité si singulière.


Cette œuvre retrace l’année particulière, c’est-à-dire mouvementée, palpitante, parfois asphyxiante, de ce jeune adulte, à savoir Maurin Mandrino, qui essaye de porter un regard démiurgique sur lui-même grâce à son processus d’écriture.


À PROPOS DE L''AUTEUR


Passionné par la musique et la littérature, Antoine Casanova est professeur certifié de lettres modernes ayant effectué ses études littéraires à l’université de Toulon dans le Var. Également musicien diplômé de guitare classique, sa casquette artistique est multiple. Sous le surnom de Casa, il est champion de France de Slam par équipe en 2017 et défend ses chansons en tant qu’auteur-compositeur-interprète. Points de suspension est un de ses premiers romans.

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Publié par

Date de parution

06 décembre 2021

Nombre de lectures

0

EAN13

9782889493166

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

1 Mo

Antoine Casanova
Points de Suspension


Aux Stagiaires

Partie I

01/09/14

Je marche de nouveau dans la cour du collège. Cette fois, je ne m’apprête pas à être photographié en tant qu’élève mais bel et bien en tant que professeur ! Je n’arrive toujours pas à me faire à cette idée, pourtant ça fait des mois qu’elle tente de germer en mon esprit… À vingt-quatre ans, voilà que je viens de me faire happer par le train de l’enseignement. Impossible de repousser l’échéance désormais. Je ne m’élance pas dans la profession les tripes nouées, je suis même enthousiaste et excité… Je quitte simplement ma vie étudiante que j’appréciais tant. Il faut bien gagner ses deniers un jour ou l’autre… Moi qui n’avais jamais sérieusement pensé à l’avenir, je me retrouve subitement devant le fait accompli : je vais transmettre à des élèves ma verve, leur expliquer les rouages de la langue française, tout en essayant de leur servir sur un plateau mon amour pour la littérature, mission d’envergure.
Le flash parasite ma réflexion… À ma droite se trouve également une enseignante stagiaire. Elle n’a pas encore vingt et un ans, bac en poche à quinze ans… À ma gauche, une femme ménopausée jubile de se tenir à côté d’un petit jeune, charmant de surcroît comme elle dit… En d’autres termes, j’ai l’entrée et la sortie qui m’entourent.
Le principal nous convie au réfectoire pour l’apéritif, rentrée du personnel oblige.

Je quitte l’établissement sans savoir quel professeur sera mon tuteur, celui qui est censé jouer un rôle clef dans mon apprentissage cette année… Le cas se présente souvent, paraît-il, mais ceci ne me tracasse pas pour autant.
Je roule en pensant au premier cours que je vais consacrer à une classe entière… Encore quelques jours d’attente…

04/09/14

J’arrive tôt car je ne veux pas me presser pour tout installer dans les temps. Ma salle n’est pas équipée d’un vidéoprojecteur, pourtant j’en ai besoin pour illustrer mon premier cours. Je désire montrer aux élèves des tableaux bibliques afin qu’ils saisissent la notion de mythe. Je m’empare de celui qui est remisé dans l’armoire du principal adjoint et le connecte à mon propre ordinateur car ma salle n’en est pas pourvue non plus. Je branche, miracle ! Tout fonctionne immédiatement. Je suis soulagé de ne pas avoir à batailler avec l’informatique.
Ça sonne. Je descends chercher les élèves… La 6 ème 3 m’attend en rang dans la cour. Je me rappelle encore quand les profs venaient nous récupérer il n’y a pas si longtemps… Spontanément, je leur demande de me suivre vers la B104. Je suis à l’aise, on dirait que je fais ça depuis des années. Les marmots entrent joyeux en m’adressant des bonjours chaleureux.
Je me présente et leur demande s’ils savent à quelle sauce ils vont être mangés en cours de français cette année. Au milieu de réponses éparses, je leur explique notamment la signification des mots orthographe et grammaire. Ils savent désormais « qu’écrire droit » est complémentaire de l’art d’écrire et de lire les lettres. Je fais l’appel, il y a beaucoup de diversité dans les prénoms ; certains m’étaient inconnus comme Kiara, Azure, Gihane, Nathanel, Enza ou encore Zeynep. La classe est bigarrée, chamarrée, intrigante, je la découvre. Bientôt, ce charme de la découverte aura malheureusement disparu, c’est regrettable car cette sensation de nouveauté savoureuse me confère l’âme d’un explorateur curieux. Sous peu, la terra incognita aura des frontières, du relief…
Avant d’entamer le cours, je leur demande avec curiosité s’ils s’adonnent à la lecture. Étonnamment, la majorité affirme aimer lire. Les BD et les mangas arrivent en tête de file mais une partie des élèves dit apprécier les petits romans. C’est agréable de constater ceci avec tous les ragots qu’on entend. Peut-être sont-ils des menteurs émérites ? Je ne crois pas. Ils me semblent honnêtes et agréables.
Puisque j’ai deux heures à leur consacrer, je commence le cours et les pousse à la réflexion en leur montrant des images d’Adam et Ève cueillant le fruit défendu sous l’instigation du serpent ainsi qu’un tableau de l’arche de Noé après le déluge. Ils sont sagaces et répondent volontiers à mes questions. Des mains se lèvent en pagaille, je n’ai que l’embarras du choix pour interroger. Ils comprennent très vite ce que sont un mythe et un symbole, le rêve… Toutefois, ou plutôt heureusement, ils sont encore juste ce qu’il faut crédules et infantiles :
« Quelle est l’embarcation de Noé ?
– C’est une arche.
– Bonne réponse !
– Pourquoi l’ archedenoé alors ? » demande Fabio.
Je lui explique que l’arche appartient au dénommé Noé, il saisit ainsi que l’expression tient en trois mots et non en un. À titre d’exemple, j’établis un parallèle avec le Boléro de Ravel :
« Qui l’a composé ?
- Beethoven !
- Mozart ! »
Ça fuse dans tous les coins, je jubile.
Peu après, le trait d’humour qui illumine ma journée surgit à la suite de ma question posée à Fabio :
« Où est l’arche ? Est-elle toujours sur les eaux ?
– Non monsieur, elle touche terre.
– Exact. Or, il y a un verbe précis qui traduit cette action.
– Elle s’amarre.
– Non, tu as employé un terme maritime, mais pas le bon.
– Elle se gare.
– Ça, c’est pour les voitures. »
Et Adel de nous interrompre en imitant un conducteur braquant ses roues :
« Noé il fait son créneau, t’as vu ! »
C’est le pompon !
La sonnerie retentit, je suis euphorique. Les deux heures sont passées à toute allure et je me suis senti à l’aise tout du long. Révélation d’une vocation ? Je range mes affaires en sifflotant.
En passant au secrétariat, j’apprends qu’une tutrice m’a été assignée, tout rentre dans l’ordre.

Sur la route, je chante par-dessus mon vieil ami Brassens pour célébrer ma matinée.

…/09/14

É tant donné que j’ai un contrat de neuf heures de travail par semaine, je suis censé avoir une journée de formation en parallèle. Je me rends ainsi à la réunion concernant cet élément important de mon année. J’ai obtenu le CAPES en 2013 puis ai bénéficié d’un report de stage en 2014. Fatalement, pour cette rentrée j’entre dans le jeu en tant que stagiaire, statut de transition annuel avant d’être nommé titulaire.

Je m’attendais à tout sauf à ça… Qu’est-ce que c’est que cette entourloupe ? Nous apprenons effarés que nous devons nous inscrire en « master 2 enseignement », même si on a déjà validé un master, et ainsi avoir à rédiger un « mémoire professionnel ». Nous devons également obtenir une certification d’anglais, logique oblige. Nous sommes formellement tenus d’assister à la totalité des cours de ce master 2 et d’en valider les partiels pour être titularisés. Naturellement, l’assiduité est obligatoire sous peine de retenue sur salaire car nous sommes payés pour être formés. Le concept semble viable si ce n’est que les quelques heures de formation initialement annoncées se transforment en journées entières comblant tout notre emploi du temps de la semaine. Voilà le statut du « stagiaire nouvelle formule » qu’ils disent. Bienvenue dans l’ É ducation Nationale ! Tout change d’une année sur l’autre, mais là ça relève du génie… Les « stagiaires nouvelle formule » ayant déjà suivi le master enseignement doivent de nouveau assister aux cours qu’ils ont eus pendant un an et sont tenus de se farcir encore un mémoire, c’est ingénieux…
Finalement, je n’en ai pas encore fini avec les études. Professeur et élève à la fois, je n’aurais jamais pu imaginer ça.
Ça s’insurge de tous les côtés dans la salle, mais à quoi bon ? Le règlement académique est imperator . J’ai mal au crâne. Moi qui pensais bénéficier d’un temps libre conséquent, ainsi, je dispenserai mes leçons toute la matinée du lundi, l’entièreté du mardi après-midi et deux heures le jeudi matin. Le reste de la semaine, je devrai assister à des cours inintéressants qui vont phagocyter de précieuses heures. On se fait bien assaisonner cette année…
Je pars contrarié, j’ai chaud. J’accélère les vitres ouvertes et je gueule toutes sortes d’injures colorées pour me défouler. Je suis invité à une crémaillère ce soir, et si je me prenais une cuite ? Un amas d’idées troubles parasite mes pensées…
Je file à la rivière la plus proche et me dévêts. Je plonge… Je suis en apesanteur à l’intérieur de l’onde, je m’oublie… Je me cale sous la cascade et savoure les cataractes d’eau qui me tombent sur la coloquinte. Je me sens mieux, je me purge…

Je rejoins mes amis en me demandant bien ce qui pourrait m’arriver de plus. L’assemblée de joyeux drilles trinque depuis un petit moment déjà. Je suis heureux de me retrouver en pleine allégresse. Ils me demandent tous des nouvelles de ma rentrée avec les élèves, je la raconte des dizaines de fois sans me lasser.
Dee Joleedjee est là… Ça fait maintenant quelques petites années que je la connais. Cette femme me fascine… Pourtant elle a un mari, trois enfants, une maison, des perruches. Elle m’est inaccessible… Or, ça doit faire une bonne douzaine de mois qu’elle m’enivre indéniablement. À chaque fois que je la vois, je ne peux m’empêcher de penser ensuite à elle durant de longues semaines ; elle hante inévitablement mes pensées. Dans ces moments-là, je suis un doux rêveur, je la magnifie, j’en fais mon fantasme… Malheureusement, cette quête m’est interdite. Je suis semblable à Lancelot, fidèle chevalier du roi Arthur tombant éperdument amoureux de la reine Guenièvre… Je suis en pleine projection dans le fin’ amor , l’amour ultime mais proscrit, non-envisageable. Après tout, le chevalier de la charrette mène nonobstant une aventure avec la porteuse de couronne… Toutefois, le cycle de la matière de Bretagne et l’ensemble de l’univers créé par Chrétien de Troyes s’écroule et prend fin, avec La Mort le Roi Artu , après la découverte de cette idylle suprême entre Lancel

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