Bretagne, les Petites histoires de la Vieille , livre ebook

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2013

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Bretagne, les Petites histoires de la Vieille - Rares sont les ouvrages qui vont chercher ce qui se cache derrière cette terre de cartes postales. Or notre vieux terroir possède bien des trésors, bien des légendes. Personne ne sait où habite « La Vieille », mais elle accepte de raconter à Thierry JIGOUREL les vieilles histoires transmises de génération en génération. Des histoires bien malicieuses que seule La vieille pouvait nous restituer.

Ces histoires vont vous faire sourire, vous faire peur, et vous faire rêver... C’est une émotion de la simple réalité qui vous est proposée c’est l’homme d’hier et l’homme contemporain qui vous sont rapportés dans ces nouvelles de terroir.


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Publié par

Date de parution

04 mars 2013

Nombre de lectures

70

EAN13

9782365729284

Langue

Français

Histoires de la groac’h
Chapitre I

Nuit du 31 octobre au premier novembre
Tudual a laissé la rédaction cet après-midi. Erwan au bouclage. Et Stefan trop occupé à rassembler les pièces à conviction de ce hors série du groupe Bzh-publishing consacré aux mouvements néo-druidiques et néobardiques qui semblent avoir relevé la tête depuis que les églises se vident. Le vieux Yann Daolvat, est encore passé dans les locaux du journal, avec sa casquette de base-ball vissée sur sa tête, son veston de tweed irlandais qui demande grâce et ses tennis flambant neuf. Il s’est sauvé en grommelant lorsque Isabelle, de l’accueil, lui a réclamé le prix du journal. Après tout, n’a-t-il pas charge d’âmes, là haut, en son presbytère de Merlevenez, où il dispense des cours de brezhoneg à des élèves de tous les âges et de toutes catégories professionnelles ? Tudual en sourit encore. Il aime ce peuple aux rêves confisqués, à l’âme partie en charpie sur les cimes des grands arbres, et qui se permet encore de rêver. A sa liberté et à sa reconstruction. Lorsque les temps seront venus. Et il se souvient avec affection de la belle messe qu’avait faite Yann pour le lion du Poher, Glenmor, trop tôt parti au paradis des bardes. Et de son amitié avec Antonn. Antonn ar Bras, qui cachait des armes sous l’autel de son église et dans sa sacristie lors de ces années de plomb d’une Bretagne qui osait enfin secouer ses chaînes, dans les années soixante-dix du siècle dernier. Il y a une éternité.
Des druides, des bardes, en ce début de XXI e siècle, dans cette aurore de troisième millénaire, est-ce que c’est vraiment sérieux ? s’interroge Tudual, toujours un peu sceptique et engoncé dans les préjugés rationalistes d’une éducation par trop positiviste. C’est vrai que son saint patron, fondateur du diocèse de Tréguier, Landreger dans la langue du pays, a chassé les dragons à tour de bras. Et de crosse. Les êtres immémoriaux s’en sont allés se réfugier dans les profondeurs de la mer, avec toutes les chimères et tous les fantômes de l’ancienne religion. Tout de même, ce Pascal Lamour, électro-chamane aux pieds nus, cet ex pharmacien reconverti à la chanson en vannetais, la langue archaïque de ses aïeuls, qui chuinte fort à l’oreille du Trégorrois, et ce Myrdhinn qui se paie le luxe de se baptiser d’un nom de scène emprunté à une semi divinité sylvestre qui vivait entre les deux Bretagne voici quelque quinze siècles, n’exagèrent-ils pas un tout petit peu ? La tradition n’a-t-elle pas été interrompue une fois pour toutes par les persécutions de Claude et de Tibère, puis l’édit de Milan de l’empereur Constantin ? Que dire sur ces doux dingues, gentils sans doute, sur lesquels son ami Olier Skingomz espère produire enfin un CD ou mieux un Dvd dans les mois qui viennent, si son patron à la radio lui en laisse le temps ? Qu’écrire sur ces garçons charmants, voire charmeurs, qui semblent prendre leurs rêves pour des réalités et qui s’acharnent à reconstituer croyances, philosophie et rituels à la manière de paléontologues ? Drôle de vie. Drôles de personnages. Drôle d’époque, pense Tudual, en se concentrant sur le volant de sa vieille Mercedes break qui fait embardée sur embardée, en cette nuit où tous les vents de kornog 1 semblent s’être donnés rendez-vous sur la route qui serpente comme un vieux reptile fatigué, entre Plougestin et Lokmikael.
Tudual menace de s’endormir et d’aller au fossé. Il ouvre la vitre côté conducteur pour aspirer à grandes bouffées cet air frais et iodé et sentir la pluie lui mouiller le visage. Oui, qu’allait-il pouvoir écrire sur ces types qui avaient religieusement allumé un feu de Samonios et creusé la terre de leurs mains, pour y faire des offrandes aux dieux, et particulièrement à la Deva Ana, la mère des dieux et des Celtes, comme ils disaient. Et aux morts. Aux morts du clan qui font irruption, lors de cette nuit magique de l’année où jadis les portes de l’Autre Monde s’ouvraient pour laisser passer toutes les créatures de l’envers du miroir.
Mais au fond, cette cérémonie, en pleine forêt d’Uhelgoat, à deux pas de l’oppidum Osismi nommé par la ferveur et la mémoire populaire Camp d’Arthur, avait de la gueule. Et du sens. L’émotion était palpable. Et évidents, les liens avec la terre et le cosmos.
Dans sa tête défilaient des images et des impressions intimes qui se mêlaient comme des entrelacs celtiques sur les vieux manuscrits irlandais. La sylve profonde. Les rameaux de chêne qui montaient vers le ciel. L’arbre, comme le pilier du monde. Une intercession entre le ciel et la terre. Les flammes devant ses yeux, qui dansaient encore. Et par moment, comme des flashes d’une vison très ancienne, le corps d’une femme, nu et tatoué, dansant autour du feu.
- Je dors. Je m’endors, se disait Tudual en reprenant une bouffée d’air frais.
Le téléphone portable sonna. C’était Stefan, qui voulait, malgré l’heure tardive, savoir comment s’était passée la rencontre. Et si le sujet serait étoffé. Si les fils du chêne et du sanglier avaient accepté de se faire prendre en photo.
- Alors Tudu ? fit la voix forte mais chaleureuse, dans les oreillettes que Tudual utilisait depuis qu’il s’était fait arrêter par la maréchaussée, gyrophare hurlant, précisément, au pied du Roc’Hir Glaz, quelques mois auparavant. Ça s’est bien passé ?
- Oui. T’inquiète. Tout est en boîte. Des gars sympas au fond. Bien loin des caricatures que certains esprits malintentionnés dressent d’eux…
- Ok, kevarc’h neuze ! Ken vi gwelet 2 ! Sois prudent.
La voix familière s’était à peine tue qu’un orage soudain éclata. La pluie forcit. Et le vent. Tudual, qui aimait les croisières sur les veux gréements, se crut en quelques instants plongé au plein cœur d’une de ces tempêtes dont la mer de Bretagne a le secret. La vieille Mercedes tanguait et roulait comme un raffiot aux varangues usées en plein milieu des épouvantements. La pluie tombait drue et oblique sur le pare brise. Et c’était une pluie collante, opiniâtre, envahissante, qu’il s’efforçait de chasser de son essuie-glace unique au balai un peu fatigué. Des ruisseaux de pluie. Tudual n’y voyait presque plus et songeait à s’arrêter sur le bord de la départementale 786, qui longeait à présent la longue lieue de grève, cette échancrure profonde dans le corsage de la Breizh, lorsque, devant lui, dans les phares de la voiture, surgit une ombre. Une ombre. Une lumière. Il n’aurait su dire précisément. Là, devant lui, droit devant, une sorte de long filament lumineux qui fila devant les phares. Puis disparut. Tudual appuya sur le frein de ma Merco, pila net, ouvrit la voiture, sortit dans la nuit sombre, prit le vent dans le visage comme on prend un paquet de mer. Puis se mit à courir et à héler ?
- Hola ! Oh, qui êtes-vous ? Êtes -vous blessé ?
Qu’était-ce donc que cette chose qui traversa la route comme ça ? Comme une trombe. Sans prévenir. Et qui plus est au pied du Roc’h Hir glaz où Souvestre, au milieu du siècle passé, situait l’entrée d’une ville engloutie aux trésors fabuleux. Tudual courut longtemps. Sur la plage. Ses pieds s’enfonçant dans le sable humide, les cheveux collés sur le front, l’eau dégoulinant dans ses yeux et dans son cou entre sa peau et son vieux Barbour usé jusqu’à la corde. Il n’entendit que le vent qui hurlait ses litanies et le long mugissement de la mer. Au bout d’un long moment il remonta dans sa voiture et rentra chez lui où il se coucha sous sa couette et s’endormit comme une masse. ..

7 novembre
En arrivant à la rédaction, Stefan avait sa mine des mauvais jours. La nouvelle qui aurait comblé d’aise des journalistes de la presse parisienne, de n’importe quel tabloïd à sensation, avait plongé l’éditeur dans une humeur proche de la neurasthénie.
- Bizarre, avait-il dit à Tudual lorsque celui-ci émergea au bureau, vers 10 heures, un mug de café noir dans une main, une crêpe de sarrasin luisante de beurre salé dans l’autre. Je viens d’avoir un appel du correspondant de Trédarzec. Il paraît qu’on a trouvé un gendarme mort. Un gars de la brigade de Tréguier. Salement amoché. Crucifié sur le timon d’un vieux char à bancs, sur un coteau, près d’une chapelle abandonnée. Tudu, file, essaie de voir ce qui s’est passé.
La perspective de faire la une sur le fait divers sordide ne comblait pas d’aise l

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