Et pour le pire
117 pages
Français

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Et pour le pire , livre ebook

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Description

Bénédicte et Vincent auraient pu vieillir paisiblement ensemble. Malheureusement, le destin en a décidé autrement, il y a vingt ans...
Vingt ans. Vingt ans à attendre... à attendre que les assassins de sa femme sortent de prison.
Depuis vingt ans, Vincent Dolt n'a qu'une seule idée en tête : venger sa douce Bénédicte...
Depuis vingt ans, seule la haine le maintient en vie.
Mais une vengeance n'est jamais simple, surtout à 86 ans.
Il a vécu le meilleur, il se prépare au pire...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 13 mai 2021
Nombre de lectures 1
EAN13 9782372580854
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Noël Boudou



Extrait de

… Et pour le pire




© 2021, Taurnada Éditions – Tous droits réservés
Première partie :

On se prépare au pire
Prologue


Quand j’étais gamin, mon père avait pour habitude de poser ses pouces sur mes yeux pour m’aider à m’endormir. Il n’appuyait pas, c’était un homme bon et doux. Un père aimant. Les yeux fermés de cette façon, je finissais toujours par sombrer dans un sommeil profond. C’était il y a longtemps, depuis j’ai oublié la plupart des souvenirs remontant à cette époque. Mais celui-ci restera gravé dans ma mémoire jusqu’à la fin, ma fin. Jusqu’à ma mort.
La tête du chien est coincée entre mes genoux et je pose mes pouces sur ses yeux, je n’ai jamais pu avoir d’enfant, alors je donne le peu d’amour qu’il reste en moi à cette bête. Pourquoi le peu d’amour qu’il me reste ? Parce que « ma douce » en a emporté la plus grande partie dans sa tombe. Il y a vingt ans. Vingt longues années de solitude. Même si à 86 ans, vingt ans ne représentent pas grand-chose, cette période fut sans aucun doute possible la plus difficile à vivre de ma longue existence.
Je suis assis sous mon auvent à l’abri du soleil, qui semble vouloir brûler cette planète et tout ce qui y vit. Une bière bien fraîche est posée à côté de moi. Le chien ne s’endort pas, il profite de cet instant de proximité avec son maître en me léchant les poignets de sa longue langue baveuse.
Un camion de déménagement a débarqué depuis une heure environ. Je n’ai pas encore aperçu mes nouveaux voisins et le moins que l’on puisse dire c’est que je ne suis pas pressé de faire leur connaissance. Seul un immense déménageur noir fait des allers-retours du camion à la maison. Vu d’ici il paraît immense, alors de près il doit être gigantesque. Un genre d’homme baobab, des bras aussi épais que le tronc d’un chêne. Et vu la facilité avec laquelle il transporte les meubles, le bonhomme doit être doté d’une force hors du commun.
Une voiture débarque et se gare devant le camion, une belle fille en descend. Foutrement belle. Foutrement noire. Deux gamins en sortent à leur tour pour se précipiter vers le colosse en criant des « Papa » joyeux.
O.K., le géant noir n’est pas le déménageur, mais mon nouveau voisin. C’est bien ma veine !
La petite famille se dirige vers la maison et y pénètre. Le père plaisante, les autres rient aux éclats. La parfaite image du bonheur. Tout ce que je déteste. Je ne leur en veux pas, c’est bien pour eux qu’ils soient heureux, mais est-ce qu’ils sont obligés de me cracher leur bonheur à la face comme ça ?
J’avale ma bière en trois gorgées et reprends mes massages oculaires.

Je ne suis pas franchement raciste : pendant la guerre j’ai combattu aux côtés de ces tirailleurs sénégalais. De bons gars, courageux et fiers de se battre pour la France. J’ai trouvé dégueulasse que le de Gaulle les ait renvoyés chez eux comme il l’a fait. Ils n’ont pas eu droit aux honneurs, eux, juste le droit de garder des souvenirs atroces de mort, de boue, de corps en charpie, de sang. Seulement voilà, les Noirs qu’on se coltine chez nous aujourd’hui sont bien loin de ces héros anonymes. En plus, les gosses, ça gesticule, ça braille, ça crie toute la journée ; et les parents, ça écoute de la musique à fond autour du barbecue le soir avec leurs nombreux amis jusqu’à pas d’heure…
Si un jour quelqu’un me cherche, je ne vois pas pourquoi ça arriverait mais sait-on jamais, il peut demander à n’importe qui dans le coin. Tout le monde me connaît. Je suis ce que l’on pourrait appeler une figure du village. J’y suis né et je vais y mourir d’ici peu ; j’ai le temps, mais à mon âge on apprend vite à ne pas se faire d’illusions. On lui expliquera où me trouver, mais on prendra sûrement le temps de l’avertir, de lui causer de mon mauvais caractère parfumé à la soupe au lait et à la Kro. Oui, je picole pas mal. Depuis le départ de ma douce et les conditions atroces dans lesquelles elle est partie, la bière et le bourbon sont ce qui se rapproche le plus d’amis pour moi.
Au village, beaucoup se demandent comment il est possible que je sois encore en vie. Et sur ce point je les comprends. Je suis même complètement d’accord avec eux, mais moi je sais pourquoi je suis encore là, comme une mauvaise herbe dont on essaye de se débarrasser au milieu d’un parterre de fleurs et qui revient chaque semaine. Ma Bénédicte est morte, donc, il y a vingt ans. À 65 ans. Violée, battue, sodomisée, aveuglée, battue, violée de nouveau. Son calvaire a duré dix-huit heures. Dix-huit heures pendant lesquelles ses agresseurs se sont défoulés sur elle. Acharnés. Comme des hyènes sur une carcasse de bidoche. Jamais rassasiés. Ligotée sur un lit de fortune, elle a servi pendant dix-huit heures, et à tour de rôle, de punching-ball, de poupée gonflable, de cendrier, de chiottes. Toutes les horreurs que trois jeunes mâles défoncés à je ne sais quoi sont capables de commettre. Il y a vingt ans, ces trois jeunes animaux en ont pris pour vingt ans. Voilà ce qui me tient en vie.
Je rentre regarder mon jeu de l’après-midi, comme tout vieillard qui se respecte, tout en me disant que dans seulement quelques jours ces trois fils de chiens seront libres. Libres de se promener en pleine rue, libres d’aller se faire un bon resto, libres de rencontrer une femme et de tomber amoureux, libres de faire des enfants. Libres de se faire charcuter la bite à coup de cutter au détour d’une rue sombre.
Et, pour la première fois de la journée, un sourire se dessine sur mes lèvres.
1


C’est toujours au moment de la finale que ça se produit. Ça n’arrive pas souvent qu’on me téléphone ou qu’on sonne à ma porte. La plupart des gens qui n’ont pas de mes nouvelles le vivent très bien. Mais le jour où ça se produit, c’est inévitable, c’est au moment de la finale de mon jeu.
Donc, on sonne à ma porte.
Je râle, bien sûr, et je geins parce que me lever est douloureux, ça craque de partout, mais je finis par me retrouver sur mes deux pieds. Je me dirige vers l’entrée en continuant à râler. Ça me détend.
J’ouvre et… Oh bon sang qu’elle est belle ! Je ne suis pas chasseur, j’ai quand même gardé les fusils de papa, mais je sais reconnaître deux superbes yeux de biche quand j’en vois, ses cils sont si longs ! Et ce sourire éclatant, ces dents blanches et parfaites. Même ma Bénédicte n’a jamais eu un aussi beau sourire, surtout sur la fin avec son vieux dentier qui ne tenait plus très bien. J’en oublierais presque qu’elle est foutrement noire, de la tête aux pieds ; tout ce corps aux formes parfaites est noir. Et ça, j’aime pas trop. Mais nos maisons sont les deux seules de l’impasse et les premiers voisins sont à plus de cinq cents mètres. Autant essayer de faire bonne figure.
Je colle un sourire sur ma vieille face ridée. Ce doit être effrayant, mais elle n’en montre rien.
« Bonjour, Monsieur, je suis votre nouvelle voisine. Je m’appelle France et vous êtes monsieur ?
– Dolt, monsieur Dolt. Vincent Dolt.
– Je ne voulais pas vous déranger, mais auriez-vous un tournevis cruciforme ? Mon mari n’a que des plats et il voudrait monter les chambres des petits pour qu’ils se sentent plus vite chez eux.
– Je vais vous trouver ça, entrez. »
Elle entre et je vois son étonnement de se retrouver dans une charmante maison parfaitement entretenue.
« Votre femme doit être une perle pour tenir son intérieur aussi bien.
– Morte, ma femme est morte. C’est moi qui fais le ménage.
– Oh seigneur, je suis tellement désolée, monsieur Dolt.
– Laissez tomber. »
Je m’éloigne dans le couloir, vers le cagibi où je range mes outils. Il est parfaitement organisé et je sais où trouver son bonheur, mais je prends deux minutes. Il y a une Noire dans mon salon et je vais lui prêter un de mes très chers outils. Je me demande si une quelconque démence n’aurait pas commencé à grignoter mes neurones.
C’est parce que ma Bénédicte aurait voulu que j’aide la voisine que je vais le faire. Elle a fait de moi un homme meilleur pendant nos quarante ans de mariage, et je lui ai promis tout en chialant sur sa tombe que je resterais celui qu’elle avait fait de moi.
Je regagne le salon, trois tournevis en main.
« Votre mari devrait y trouver son bonheur, je vous ai mis trois tailles différentes.
– Oh, c’est très gentil à vous. Il va finir les chambres des petits ce soir, et demain il apportera le reste des meubles. On espère pouvoir dormir ici demain soir.
– Hum, dites-moi, il fait ça tout seul votre mari ?
– Oui, on est dans la région depuis peu et on ne connaît pas grand monde. Les rares amis que nous avons travaillent à cette heure-ci, et comme Bao, c’est mon mari, est infirmier aux urgences souvent de nuit… »
Bao, tu parles d’un prénom ! Bao, baobab. Je n’étais pas si loin de la vérité.
« … il a du temps dans la journée. »
Et là je me dis que ce serait une très bonne occasion de faire chier mon neveu, ce sale gosse de cinquante balais qui ne sait rien faire d’autre que claquer le pognon de mon frère, qu’il avait durement gagné, dans des clubs de golf ou des restos hors de prix. Ce petit fumier qui prétend m’adorer en attente de mon héritage à moi.
« Il pense être là vers quelle heure votre mari demain ?
– Vers 8 heures, il ne travaille pas ce soir et voudrait en profiter pour avancer. »
8 heures, c’est mon jour de chance. L’autre traîne-savates qui ne se lève jamais avant 10 heures va être ravi.
« Je dois passer un coup de fil. »
Je repars vers mon bureau et reviens quelques minutes plus tard.
« Mon neveu sera là à 8 heures demain pour filer un coup de main à votre mari. Je lui ai aussi demandé de rester pour aider Bao à monter quelques meubles et faire un peu de rangement. »
Quitte à le faire chier…
« Oh ! C’est adorable, mais vous n’étiez pas obligé de faire ça.
– Ça lui fait plaisir, pas de souci… »
… et il a tellement peur que son patronyme n’apparaisse pas sur mon testament qu’il ferait n’importe quoi pour m’être agréable.
« Vous êtes si gentil, vous joindrez-vous à nous pour un apéritif, di

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